postcolonial theory

When was the postcolonial? (FR)

«Épistémologique» — «chronologique»

Ella Shohat et Anne McClintock critiquent l’utilisation du terme postcolonial pour marquer la clôture définitive d’une époque historique, la colonisation, comme si le colonialisme et ses effets étaient définitivement terminés.

Pour Shohat, “Post-” signifie “passé“: définitivement terminé, clôturé. Lorsque ce préfixe “post” est ajouté à “-colonial”, cela rend le terme encore plus ambigu car  “postcolonial” ne précise PAS si cette périodisation est censée être ÉPISTÉMOLOGIQUE ou CHRONOLOGIQUE:

→ Épistémologique: la période postcoloniale marque-t-elle le point de rupture entre deux épistèmes (ensemble des connaissances réglées), deux ensembles de connaissances bien distincts, de l’histoire intellectuelle?

→ Chronologique:  «postcolonial» fait-il référence à «la chronologie stricte de l’histoire tout court»? C’est-à-dire à deux périodes historiques qui se suivraient simplement.

Les 2 dimensions du postcolonial selon P. Hulme : une dimension temporelle et une dimension critique

Au début, nous avons évoqué l’ambiguïté du postcolonial comme dit Shohat, qui préfère nettement reconnaître le postcolonial « au-delà […] et décrit un certain mouvement intellectuel ». Cependant, selon Hulme, les deux significations sont en lien l’une et l’autre. D’après lui, le “postcolonial” a deux dimensions: ces deux dimensions existent en tension l’une avec l’autre. Il y a une dimension temporelle (fermeture d’un certain événement ou âge historique) et une dimension critique (il s’agit ici d’aller au-delà d’un certain mouvement intellectuel, voire de le commenter). Plusieurs paradigmes comme celui-là méritent réflexion car la colonisation a bouleversé le terrain de pensée. Cette reconfiguration a eu pour résultat différentes formes de relations, différentes mais en relation les unes avec les autres, lesquelles impliquent interconnexion et rupture à la fois.

Dimension temporelle: cela implique une relation ponctuelle dans le temps, par exemple, entre une colonie et un État postcolonial.

Dimension critique: par exemple, ici, la théorie postcoloniale naît par le biais de la critique du corpus théorique

En somme, “postcolonial” ne signifie pas seulement “après la colonisation” (aspect temporel), MAIS AUSSI “allant au-delà” du “colonial” (en se référant au corps de théorie, à la dimension critique)

Être un pays colonial / postcolonial « De la même manière » opposé à « d’aucune manière » (Lata Mani et Ruth Frankenberg)

Distinction importante : ne pas être postcolonial de la même manière ne signifie PAS ne pas être postcolonial d’aucune manière

Il ne s’ensuit pas forcément que toutes les sociétés sont postcoloniales de la même manière, et qu’en tout cas le « postcolonial » n’opère pas de lui-même, mais est en réalité une construction intérieurement différenciée par ses recoupements avec d’autres sortes de relations en cours de développement, de type social, racial.

Ainsi, on peut dire que plusieurs pays comme l’Australie, le Canada, le Nigeria, l’Inde et la Jamaïque sont à l’évidence des pays “coloniaux” et aujourd’hui “postcoloniaux”, mais il ne sont pas “postcoloniaux” de la même manière dans la mesure où leur histoire, le timing, et les conditions de leurs colonisation et de leur indépendance sont très différents.

Postcolonial comme terme « descriptif » opposé à « évaluatif » (Peter Hulme)

Selon Hulme, « postcolonial » est (ou devrait être) un terme descriptif et NON évaluatif.

Il n’est pas d’accord avec les usages du terme « postcolonial » qui confondent une catégorie descriptive avec une catégorie évaluative (“qui lui décerne un mérite”) :

  • Refuser le terme « postcolonial » à la colonie de peuplement blanche (en le réservant exclusivement aux sociétés colonisées non-occidentales.
  • Refuser « postcolonial » aux sociétés colonisées de la métropole (en le réservant aux seules colonies de la périphérie).

En accord avec la critique de P. Hulme, pour S. Hall, cette manière de distinguer les usages du terme n’est pas d’une grande utilité. En effet, l’auteur souligne que le terme postcolonial fait référence à un processus général de décolonisation qui tout comme la colonisation elle-même, a marqué les sociétés colonisatrices aussi fortement que les sociétés colonisées, bien que de différentes façons, bien évidemment. Comme nous le dit l’auteur, l’une des principales valeurs du terme postcolonial est d’orienter notre attention sur le fait que la colonisation n’a jamais seulement été un processus externe aux sociétés de la métropole impériale puisqu’elle s’est inscrite de façon irréversible aussi bien dans les cultures des sociétés de la métropole impériale que dans celles des sociétés colonisées.

Le terme postcolonial nous invite donc à aller au delà, à réinterpréter les binarismes par lesquels l’expérience coloniale a longtemps été représentée, comme des formes de transculturations, de traductions culturelles, permettant de repenser les binarismes culturels.

«Déconstruction» — «double inscription» (Derrida)

La valeur théorique du concept «postcolonial» réside précisément dans son refus des perspectives «ici» et «là», «hier» et «aujourd’hui», «chez soi» et «à l’étranger».

1) Le terme postcolonial permet d’opérer une “déconstruction” des oppositions binaires – chaque terme est privilégié par rapport au second terme et ce privilège doit souvent tenir compte de la présence du premier.

2) Le terme postcolonial permet une double inscription:

  • briser la distinction intérieur / extérieur bien démarquée du système colonial, sur laquelle l’histoire de l’impérialisme a prospéré pendant si longtemps. En effet, Hall souligne que le terme postcolonial réinterprète la “colonisation” en tant qu’élément d’un processus mondial (pas universel), transnational, transculturel où il n’y a pas de lignes de démarcation claires. Le terme postcolonial permet alors de réécrire de façon décentrée, diasporique ou mondiale les récits impériaux antérieurs.
  • postcolonial n’est pas simplement descriptif de “cette société-ci” plutôt que de “celle-là”, ou de “alors” plutôt que de “maintenant”

Le postcolonial comme forme de périodisation, la «Temporalité problématique» du concept (Ella Shohat)

  • Le “post-colonial” n’est PAS une périodisation fondée sur une succession d’époques («Périodisation basée sur une succession d’époques», c’est-à-dire quand tout bascule au même moment, que toutes les anciennes relations disparaissent à jamais et que des rapports entièrement nouveaux viennent les remplacer)
  • Le postcolonial est caractérisé par:
    • L’indépendance vis-à-vis de la domination coloniale directe.
    • La formation de nouveaux États-nations, des formes de développement économique où prédominent la croissance du capital indigène et où se développent des relations de dépendance néocoloniale avec le monde capitaliste développé.
    • La mise en œuvre de politiques qui découlent de l’émergence de puissantes élites locales gérant les effets contradictoires du sous-développement.
    • La persistance de nombreux effets de la colonisation mais, en même temps, leur déplacement DE l’axe colonisateur / colonisé VERS l’intériorisation des effets de la colonisation au sein de la société décolonisée elle-même. → idée que les conséquences, les effets d’une hégémonie coloniale omniprésente dans un pays colonisé sont vécus et retravaillés au cours des crises internes des sociétés et États postcoloniaux EX : pays du Golfe, Irak, Iran, Afghanistan, Palestine, Israël. → le colonial survit dans ses propres effets.

Le changement de paradigme «décisif» — «définitif» (Gramsci / Mani et Frankenberg)

  • la ‘transformation’ de Gramsci (processus de distinction et de modification du poids relatif des éléments de la vieille idéologie).
  • le colonialisme a des continuités qui persistent après la décolonisation. Par conséquent, le «post» dans «postcolonial» ne doit PAS être interprété comme une démarcation nette entre l’époque actuelle et l’ère coloniale.
  • Glissement “décisif” et NON “définitif” (Mani et Frankenberg): “postcolonial” est associé à la fin de la domination coloniale, MAIS le processus du postcolonial est un changement décisif plutôt que définitif car:
  • le changement opéré par la décolonisation ne prétend pas amener une rupture complète des relations sociales, économiques et politiques et des formes de savoir;
  • le changement opéré par la décolonisation ne prétend pas que le présent ne soit rien de plus qu’une simple répétition du passé.
  • Exemple de changement «décisif»: dans ce contexte, la Grande-Bretagne peut être décrite comme postcoloniale, en tant que colonisateur profondément affecté par la perte de ses colonies et par les afflux diasporiques de la bon nombre des anciennes colonies.
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